« Surtout, nous ne voulons pas donner l’impression que le protestantisme est dans la naphtaline. »
Cette phrase du client résumait presque à elle seule l’enjeu du projet.
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine de septembre 2026, la Maison du protestantisme m’a confié la direction artistique et la conception graphique d’une exposition en cinq panneaux destinée à ses locaux de la rue de Clichy, dans le 9e arrondissement de Paris.
Le lieu porte près de 150 ans d’histoire.
Deux hôtels particuliers de la fin du XIXe siècle. Une architecture remarquable. Des archives. Des personnalités. L’histoire du protestantisme, mais aussi celle d’un quartier parisien qui s’est profondément transformé.
Une matière patrimoniale particulièrement riche.
Mais un risque : que cette histoire donne l’image d’une institution tournée vers son passé.
Car la Maison du protestantisme est aujourd’hui tout autre chose.
C’est un lieu vivant, qui accueille plusieurs institutions protestantes, des salariés, des réunions et des acteurs engagés dans la société civile.
Une foi diverse.
Une foi unie.
Une foi active dans la cité.
Le véritable enjeu de cette exposition patrimoniale était donc là :
comment raconter 150 ans d’histoire sans donner l’impression d’être resté 150 ans en arrière ?
Journées du patrimoine 2026 à Paris : raconter l’histoire sans figer le lieu
Les Journées européennes du patrimoine ont ceci de particulier : elles font entrer dans les lieux des visiteurs qui ne les connaissent pas nécessairement.
Certains viennent pour l’architecture.
D’autres pour l’histoire.
D’autres encore par simple curiosité, parce qu’une porte s’ouvre.
L’exposition conçue pour la Maison du protestantisme devait donc permettre de découvrir le patrimoine architectural et historique du lieu, tout en donnant à comprendre ce qu’il est aujourd’hui.
Les cinq panneaux racontent ainsi plusieurs dimensions : l’histoire du bâtiment, la Maison et ses activités actuelles, les croyances protestantes, des personnalités et engagements marquants, mais également l’histoire de la rue de Clichy et de son quartier.
La question n’était donc pas seulement :
« Que s’est-il passé ici ? »
Mais aussi :
« Qu’est-ce qui vit ici aujourd’hui ? »
Et cette nuance a guidé toute la direction artistique.
Graphisme d’exposition patrimoniale : le piège des codes du passé
Lorsqu’on travaille sur un lieu chargé d’histoire, la tentation est grande d’en reprendre immédiatement les signes les plus évidents.
Une typographie ancienne.
Des tonalités sépia.
Des ornements historiques.
Des effets de papier ou d’archives.
Ces choix peuvent être pertinents lorsqu’ils servent réellement le propos.
Mais un sujet historique n’a pas nécessairement besoin d’un graphisme qui ait l’air ancien.
À force de vouloir rappeler le passé, on peut involontairement donner l’image d’un lieu qui n’existe plus qu’à travers lui.
C’était précisément ce que la Maison du protestantisme souhaitait éviter.
Il ne fallait donc ni gommer l’histoire au profit d’une esthétique artificiellement contemporaine, ni enfermer l’institution dans les codes graphiques de son patrimoine.
Il fallait créer un lien entre les deux.

C’est généralement là que commence mon travail de graphiste d’exposition.
Pas par la recherche d’un style.
Par l’immersion.
Je regarde le lieu, son architecture, ses contenus, ses archives, son histoire.
Je cherche ce qui constitue son essence avant de chercher la forme qui pourra la traduire.
Ici, le bâtiment offrait déjà une matière graphique forte.
La Maison du protestantisme occupe deux hôtels particuliers de la fin des années 1870 organisés autour d’une cour intérieure pavée. Pierre de taille, hautes fenêtres, décors sculptés, ferronneries, marquises en fer et verre, toiture d’ardoise : l’architecture possédait déjà son propre langage.
Je ne voulais pas lui superposer une esthétique patrimoniale générique.
Je voulais partir de ce qui était déjà là pour l’amener vers le présent.
C’est ainsi qu’est née la direction artistique du projet, autour d’une tension centrale :
patrimoine & modernité.
Une palette minérale réveillée par l’orange : la “sobriété joyeuse”
Le premier lien avec l’architecture passe par la couleur.
J’ai construit une palette minérale inspirée notamment de la pierre du bâtiment, autour de tonalités pierre, violet et bleu nuit.
Un univers sobre, capable de dialoguer naturellement avec le lieu et d’accueillir les contenus historiques sans les théâtraliser.
Mais la sobriété ne devait pas devenir austérité.
Je cherchais ce que j’ai appelé une « sobriété joyeuse » : des compositions épurées, des espaces de respiration généreux, mais aussi un élément capable d’apporter de la vie.
Cet élément est devenu l’orange.
Une couleur lumineuse, utilisée comme accent graphique, qui vient ponctuer la palette minérale et inscrire plus nettement les panneaux dans le présent.
Le patrimoine reste là.
Mais il respire autrement.
Continuité et diversité : quand le concept devient graphisme
Restait une question plus complexe.
Comment représenter le protestantisme lui-même ?
Il rassemble différentes Églises, sensibilités, histoires et manières de vivre sa foi.
Une diversité essentielle, mais qui ne signifie pas dispersion.
L’un des contenus de l’exposition le formule très justement :
« L’unité ne signifie pas l’uniformité. »
Je voulais traduire cette idée sans ajouter artificiellement un symbole religieux aux panneaux.
J’ai donc cherché un signe plus essentiel.
Un filet.
Il traverse les cinq panneaux.
Il avance.
Se prolonge.
Puis, progressivement, il se ramifie.
La ligne continue évoque l’histoire qui traverse les époques.
Ses ramifications racontent la diversité du protestantisme.
Et parce qu’elles restent reliées, elles expriment aussi ce qui unit ces différentes sensibilités.
Une ligne pour la continuité.
Des ramifications pour la diversité.
Un même filet pour ce qui relie.
Le signe reste volontairement discret.
Mais de panneau en panneau, il devient un fil conducteur.
C’est un principe auquel je tiens dans mon travail : le graphisme n’a pas seulement vocation à habiller un contenu. Il peut aider à en révéler le sens.
Concevoir cinq panneaux d’exposition cohérents sans répéter cinq fois le même gabarit

Une photographie historique ne se lit pas comme une citation.
Un portrait ne joue pas le même rôle qu’une archive.
Un texte documentaire n’appelle pas la même présence qu’une accroche.
Plutôt que de répéter cinq fois un même gabarit, j’ai donc construit un système graphique suffisamment cohérent pour relier les panneaux, mais suffisamment souple pour respecter leurs contenus.
Le nuancier.
Le filet.
Le contraste entre deux typographies associant rigueur éditoriale, chaleur et modernité.
Les respirations.
Les rapports d’échelle.
Tous participent au même langage.
La cohérence ne vient pas forcément de la répétition. Elle peut venir du lien.
Quand l’exposition raconte aussi le patrimoine parisien
Le patrimoine raconté ici ne s’arrête pas aux portes du bâtiment.
L’un des panneaux nous entraîne dans l’histoire de la rue de Clichy et du 9e arrondissement de Paris.
Avant son urbanisation, le quartier est notamment marqué par ses jardins et ses résidences de plaisance. Il devient ensuite un territoire de divertissement et de vie artistique.
L’exposition fait ainsi apparaître différentes strates de l’histoire parisienne, de Victor Hugo à Jean Cocteau, du Casino de Paris à Louis Réard, créateur du bikini et ancien résident du 45 rue de Clichy.
Ces éléments pouvaient facilement devenir une succession d’anecdotes.
Le rôle de la conception graphique était au contraire de faire apparaître les relations.
Entre un bâtiment et son quartier.
Entre différentes époques.
Entre les documents et le récit.
Entre la petite histoire d’une adresse et celle, beaucoup plus vaste, de Paris.
Direction artistique et patrimoine : révéler ce qui est encore vivant

Lorsqu’une institution possède une longue histoire, la question n’est pas nécessairement :
« Comment la rendre moderne ? »
Cette formulation suppose presque que le patrimoine serait devenu un problème à corriger.
Je préfère une autre question :
« Qu’est-ce qui, dans cette histoire, est toujours vivant aujourd’hui ? »
À la Maison du protestantisme, la réponse était partout.
Dans un bâtiment historique toujours occupé.
Dans des institutions toujours actives.
Dans une foi qui s’est diversifiée sans perdre ce qui la relie.
Dans des engagements qui continuent de prendre place dans la cité.
Ma direction artistique devait rendre cette continuité perceptible.
La pierre et l’orange.
La sobriété et l’énergie.
L’histoire et le présent.
La diversité et l’unité.
Je n’avais pas à choisir entre eux.
J’avais à créer le lien.
Je ne cherche pas d’abord à savoir quelle esthétique pourrait « fonctionner ».
Je cherche à comprendre ce que le lieu a réellement besoin de raconter de lui-même.
C’est une différence fondamentale.
Parce qu’une exposition consacrée au patrimoine industriel, un musée de société, une église parisienne ou la Maison du protestantisme ne peuvent pas recevoir la même réponse simplement parce qu’ils parlent tous de patrimoine.
Chaque sujet possède sa propre tension.
Son histoire.
Ses symboles.
Ses publics.
C’est à partir de cette matière que je construis le langage visuel.
Intuition trouve la direction. Le savoir-faire donne la forme.
Une identité visuelle n’est pas une illustration de l’exposition.
C’est une interprétation fidèle de son essence.
De la Maison du protestantisme à Saint-Sulpice : deux projets patrimoniaux à Paris
La Maison du protestantisme n’est pas mon premier projet réalisé à Paris dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.
Pour l’église Saint-Sulpice, j’ai notamment travaillé sur une exposition consacrée au grand orgue.
La problématique était totalement différente : comment présenter plusieurs siècles d’histoire dans une chapelle circulaire ne disposant pas de murs adaptés à une exposition traditionnelle ?
La réponse a pris la forme de 15 panneaux scénographiques installés sur des totems triangulaires, dont la géométrie dialoguait avec les motifs présents dans le sol de l’église.
Même ville.
Même contexte patrimonial.
Mais une réponse graphique différente.
Parce que je ne cherche pas à appliquer une signature visuelle à mes clients.
Je cherche la forme juste pour leur sujet.
→ Découvrir le projet patrimonial de Saint-Sulpice à Paris
Rendre une exposition accessible sans simplifier son contenu

Des dates.
Des archives.
Des recherches.
Des personnages.
Des images.
Des récits parfois complexes.
Je ne pense pas que la réponse consiste à appauvrir ces contenus pour les rendre accessibles.
Le graphisme peut faire autre chose.
Créer une hiérarchie.
Des points d’entrée.
Un rythme.
Une respiration.
Permettre au visiteur de comprendre rapidement, puis de choisir jusqu’où il souhaite approfondir.
Je fais le pari de l’intelligence et de la sensibilité des visiteurs.
Parce que :
L’accessibilité n’est pas une baisse d’exigence. C’est une meilleure invitation.
C’est cette conviction qui guide mon travail :
Réduire la distance entre les institutions culturelles et leurs publics.
Pour aller plus loin sur cette question, j’explique également comment la communication visuelle intervient avant même que le visiteur ne découvre la première œuvre :
→ Pourquoi la communication d’une exposition commence avant la première salle
Vous cherchez un graphiste pour une exposition à Paris ?
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Vous avez déjà le lieu, les contenus, les archives ou le propos scientifique, mais vous cherchez comment leur donner une identité visuelle forte, cohérente et fidèle à leur essence ?
J’accompagne les musées, institutions culturelles, lieux patrimoniaux, associations et collectivités dans la direction artistique et la conception graphique de leurs expositions :
identité visuelle, affiches, panneaux d’exposition, signalétique, cartographies, frises, programmes, éditions et supports de médiation.
Mon travail commence par votre sujet.
Ce qui le rend singulier.
Ce qu’il doit transmettre.
Et la manière dont vos publics vont le rencontrer.
→ Découvrir mon expertise de graphiste pour les institutions culturelles
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